Quoi de 9 sur les retraites ?

Veille sur l’actualité des retraites

Débat avec Henri Sterdyniak en partenariat avec l’OFCE.

Classé dans: Articles-presse — Olivier @ 3:33 le Dimanche 13 avril 2008

Source : le Cercle des Epargnants.

Dans un débat en partenariat avec l’OFCE (l’Observatoire Français des Conjonctures Economiques), Henri Sterdyniak, économiste à l’OFCE et professeur à l’université Paris-Dauphine, estime nécessaire, dans les années à venir, d’augmenter massivement le taux d’emploi des 55-65 ans, sinon nous ne pourrons pas financer les retraites.

Alexandre Dupont : Les pronostics les plus optimistes prévoient que le système de répartition actuel des retraites ne sera plus efficace et viable au-delà de 2020/2025. Qu’adviendra-t-il dans cette hypothèse des actifs nés dans ou après les années 1960 ; pourront-ils prétendre à une retraite telle que nous la connaissons actuellement ?

Henri Sterdyniak : Je ne sais pas d’où vous tenez cette information. En fait, le Conseil d’Orientation des Retraites fait des prévisions jusqu’en 2050, et il n’y a aucune raison de penser qu’en 2020 ou 2030 le système explosera. Si les salariés le souhaitent, s’ils continuent à payer des cotisations, l’avenir du système par répartition est assuré.

Sénéshall : Je vois les baby-boomers partir à la retraite avec des carrières superbes et complètes, des rémunérations élevées. Ils sont souvent remplacés par des salariés gagnant beaucoup moins. Sait-on comment nous paierons ces retraites élevées pendant des dizaines d’années ?

Henri Sterdyniak : Les baby-boomers ont commencé à partir en retraite en 2006-2007. Cela s’est traduit par une baisse relativement nette du taux de chômage. On peut penser que dans les années à venir, ces taux vont continuer à baisser. On va donc faire des économies en prestations chômage que l’on pourra verser en prestations retraite. Par ailleurs, des mesures ont été prises pour prolonger la durée d’activité, et si ces mesures réussissent, les baby-boomers travailleront plus longtemps. Enfin, il ne faut pas oublier que depuis 1993, depuis la réforme Balladur, de nombreuses mesures ont été prises qui réduisent fortement le montant des retraites. Donc le système est quand même sous contrôle.

Le pompiste : Quelles perspectives pourraient être ouvertes par une augmentation de l’assiette des cotisations ? Pourquoi le gouvernement se cantonne-t-il à l’augmentation de la durée du travail ?

Henri Sterdyniak : En 2003, la stratégie d’augmentation des cotisations a été refusée. D’une part, les entreprises refusent obstinément de payer plus de cotisations ; et d’autre part, certains syndicats étaient opposés à l’idée de faire payer plus les actifs. Dans ces conditions, la seule stratégie possible était l’allongement de la durée de cotisation. Personnellement, je pense que les salariés, effectivement, pourraient accepter des hausses de cotisation en échange de garanties sur le niveau futur des retraites. Et certains syndicats y sont tout a fait disposés. Par ailleurs, il faut savoir que les retraites bénéficient uniquement aux actifs, que les retraites sont d’autant plus fortes que le salaire a été élevé, donc que les retraites doivent être financées sur une assiette salaires et ne peuvent être financées par l’impôt. On ne peut prélever des cotisations retraite sur les revenus du capital, puisque ces cotisations ne donneraient pas droit à retraite. Donc il est très difficile d’élargir l’assiette des cotisations retraite.

Denis Lelièvre : On annonce un retour de l’inflation, avec une probable accélération à horizon 10, 15 ans. Quel est ou sera l’impact sur le système de retraite ?

Henri Sterdyniak : En principe, l’impact sera nul. C’est l’avantage de la retraite par répartition : d’un côté, les retraites sont indexées sur l’inflation, donc en principe sont protégées de l’inflation ; d’autre part, si les salaires suivent la hausse des prix, les cotisations augmenteront et permettront de financer les retraites. La retraite par répartition protège les retraités des aléas des marchés financiers.

Arno : Quel est le montant moyen des pensions de retraite en France, en 2008 ? S’est-il réduit depuis quelques années ?

Henri Sterdyniak : En moyenne, un retraité touche 1 300 euros par mois. En fait, 1 600 s’il s’agit d’un homme, et 1 000 s’il s’agit d’une femme. Donc le niveau de vie des retraités est à peu près équivalent à celui des actifs. Dans la période récente, il y a eu une très légère détérioration de la situation des retraités, mais qui est encore extrèmement faible.

JPF : Il est souvent dit que le système de retraites par points en Suède est le plus performant et le plus juste ? A quoi correspond ce système et cela est-il-vrai ?

Henri Sterdyniak : Le système suédois a l’avantage d’être un système unifié. Contrairement au système français, il n’y a pas un très grand nombre de caisses, donc pas d’opposition entre les différentes catégories de salariés. Et dans le système suédois, vous choisissez librement l’âge de départ à la retraite entre 60 et 70 ans, et plus vous partez tard, plus vous avez une retraite élevée. Enfin, dernière caractéristique du système suédois, c’est un système mixte qui est à 90 % répartition et à 10 % capitalisation. Le système fonctionne relativement bien en Suède, car les taux d’emploi des 60-70 ans sont élevés. On a 74 % des personnes de 55 à 65 ans qui travaillent, elles peuvent choisir sans problème le moment où elles partent à la retraite. Ce serait beaucoup plus difficile à mettre en oeuvre en France, où une grande partie des salariés sont exclus de leur entreprise à 58 ans, donc n’ont aucun choix du moment du départ à la retraite.

Zetv : Quelles réformes du marché du travail et de la formation sont nécessaires pour rendre effectif l’allongement de la durée de cotisation, et effectivement permettre aux individus qui le souhaitent de travailler plus longtemps ?

Henri Sterdyniak : C’est là le point crucial. Nous sommes obligés, dans les années à venir, d’augmenter massivement le taux d’emploi des 55-65 ans, sinon nous ne pourrons pas financer les retraites. Dans les pays qui ont réussi à le faire, s’est passé par une politique macroéconomique vigoureuse pour se rapprocher du plein-emploi, par une modification de la mentalité des entreprises et des partenaires sociaux. Il faut que les syndicats réclament aux entreprises de conserver les travailleurs jusqu’à 60 ou 62 ans. Enfin, il faut modifier les conditions de travail, il faut réduire la pénibilité au travail, augmenter les possibilités de formation professionnelle à tous les âges. Il faut restructurer les carrières pour que toutes les carrières puissent se prolonger jusqu’à 60, 62 ou 65 ans. C’est donc un chantier extrêmement difficile qu’il faut lancer.

Popo : Pensez-vous que dans une trentaine d’années les retraites permettront aux retraités de vivre dignement ?

Henri Sterdyniak : Rien n’est jamais inscrit dans les astres. Cela dépend en grande partie de la mobilisation sociale. Il faut une double mobilisation : une mobilisation des syndicats pour maintenir le niveau des retraites, en particulier celui des retraites complémentaires à l’Aarco et à l’Agirc. Il faudrait éviter que les syndicats acceptent de nouvelles baisses des retraites complémentaires. Et le second point, c’est qu’il faut une mobilisation des entreprises et des salariés pour augmenter les taux d’activité des seniors. Actuellement, l’âge moyen de fin d’activité, c’est 59 ans, il faudrait réussir à faire passer ces 59 ans à 62 ans. Il faut que les jeunes comprennent aussi que s’ils ne veulent pas avoir des retraites trop importantes à payer, la seule solution est d’organiser la coexistence dans les entreprises des jeunes et des personnes plus âgées. Il faut que les chefs d’entreprise comprennent qu’il est contradictoire que le Medef réclame la retraite à 62 ans si, dans les entreprises, on n’embauche pas les personnes de 55 à 62 ans, et si l’on continue à licencier des personnes parfaitement valides de 58 ans. Il faut enfin que les syndicats mettent dans leurs revendications le fait que les entreprises conservent effectivement les travailleurs jusqu’aux 40 ou 41 années de cotisation.

Albert : Au final, êtes-vous optimiste sur l’avenir de notre système de retraite ?

Henri Sterdyniak : Nous avons une forte raison de pessimisme, c’est que jusqu’à présent, en France, on a beaucoup de mal à avoir des accords positifs entre les partenaires sociaux. Et on a une raison d’optimisme, quand même, c’est qu’il existe une stratégie gagnant-gagnant. Cette stratégie a été mise en oeuvre par des pays voisins, et il faut s’en inspirer.

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