Source : Tourner la page, le blog de Jean-François Khan.
C’est donc décidé.
On travaillera plus pour gagner sans doute moins.
L’âge de la retraite, de la vraie, celle à taux plein, est reporté à 67 ans pour ceux qui ne pourront pas, avant ce butoir, arguer de 41 et ½ d’annuités. La plus importante annonce, c’est évidemment celle-ci. Cela équivaut, en effet, pour les salariés concernés (car n’oublions tout de même pas que la retraite est une assurance et non une allocation), à deux ans de pensions jusqu’ici dues, retirées de leur pécule-héritage et à deux ans de cotisations supplémentaires pour avoir droit à une retraite décente.
Donc, derrière les apparences, cela revient à réduire la globalité des pensions et à augmenter la globalité des cotisations.
J’ai dit, ici, que j’étais favorable à la remontée de l’âge légal à 62 ans et hostile, en revanche, à une augmentation du nombre d’annuités.(Ce qui m’a valu d’être illico qualifié de néolibéral !). Excusez-moi, mais cet aspect du projet de réforme ne me choque donc pas.
Par contre, la remontée du droit automatique à une retraite à taux plein, j’y suis hostile, car cela signifie, en fait, que de plus en plus de salariés, compte tenu de l’âge d’entrée sur le marché du travail, des carrières hachées par des périodes de précarité ou de chômage, et, concernant les femmes, par des arrêts pour raisons familiales, de plus en plus de salariés n’auront droit à une vraie retraite qu’à partir de 67 ans. Et ce sera, finalement, l’un des seuils les plus élevés d’Europe.
Quant à ceux qui ont commencé à travailler à 18 ans, les plus défavorisés, la plupart du temps, puisqu’ils n’ont pas pu effectuer d’études longues, ils seront de facto discriminés et sanctionnés, puisqu’ils devront aligner, eux, 43 et ½ annuités pour obtenir une vraie retraite.
Les professions les plus pénibles ne bénéficieront d’aucun régime particulier. Mais s’il est démontré, individuellement, que vous allez mourir relativement vite, vous pourrez prendre votre retraite à 60 ans. Quelle chance !
Il faut le reconnaître : la façon dont a été distillé, pour le rendre moins traumatisant, le projet de réforme, a été très habile. Aucune proposition syndicale n’a été retenue, mais on a fait « comme si ». Et, surtout, on a fait semblant de l’assortir de quelques mesures de justice sociale. « Fait semblant » est bien le mot. Car, en réalité, c’est une blague. Ce n’est pas l’imposition des plus riches qui a été augmentée d’1 %, comme on l’entend sur les radios, mais la seule tranche marginale de leur impôt sur le revenu. C’est-à -dire la fraction la plus élevée de ce qu’ils gagnent. Or, le taux qui frappe cette tranche très marginale n’a cessé de baisser depuis 30 ans. (40 % aujourd’hui contre, par exemple, 80 % aux Etats-Unis dans les années 50). Rapport : 230 millions d’euros, contre 18 milliards qui seront récupérés, dès 2018, au détriment de l’ensemble des retraités. Une ponction de 0,2 % environ sur les plus hauts revenus et, à terme, de 5 % sur l’ensemble des retraités. Les cotisations des fonctionnaires, elles, seront rehaussées de 3 points. C’est peut-être justice, mais c’est une ponction sur leur pouvoir d’achat.
On va sans doute écorner un chouïa, un chouïa de chouïa, les « retraites chapeaux » (ces sommes énormes réservées aux pensions de quelques grands dirigeants d’entreprises) et les « stock-options », mais ce sont les « retraites chapeaux » en soi qui sont un scandale et les « stock-options » en soi (défiscalisées par la gauche) qui sont perverses. La vraie justice sociale, cela sera donc pour la Saint Glinglin.
Reste que les mesures annoncées hier ne règleront hélas pas, définitivement, la question de retraites et qu’il faudra, j’en fais le pari, tout remettre à plat avant 2018.
Pourquoi ? Parce que la solution est globale et qu’elle passe par une authentique réforme fiscale, par une politique de réindustrialisation (et donc anti-délocalisation), par un soutien effectif et multiforme à la création de vrais emplois pérennes et correctement rémunérés et par une revalorisation, également multiforme, du travail à travers les conditions de son exercice.
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